Risques dans nos usines : "c'est sur le management qu'il faut intervenir"
Risques dans nos usines : "c'est sur le management qu'il faut intervenir"
Le 29 avril 2010 par Morgane Remy - Usine nouvelle
Les suicides de France Télecom, les accidents du travail chez Total ou la marée noire provoquée par British Petroleum... Les risques auxquels sont confrontées les entreprises sont omniprésents. Comment nos industries peuvent-elles faire face ?
Trois questions à Olivier Gignoux, Directeur du pôle social d'Alma Consulting Group, leader européen du conseil opérationnel aux entreprises.
► Qu’est-ce que la gestion de risques dans une usine ?
Comme dans toute entreprise, il y a quatre volets de gestion du risque. La technique, d'une part, qui concerne l’équipement, les machines et les postes de travail est le premier pan. Les industriels se sont largement mis en conformité dans les années 1980. L’organisation du travail, de l'autre, a été ensuite considérée pour limiter les accidents du travail. Suite à ces deux vagues d’amélioration de la sécurité dans les usines françaises, nous sommes passés de 4 000 accidents du travail en 1976 à 700 en 1996. Dans les années 2000, le troisième volet du management intervient et, enfin, en 2010, celui de la traçabilité. Et là, nous sommes passés à 570 accidents du travail grâce aux améliorations récentes.
Cas : L’exemplarité du manager
Dans une entreprise de transformation de viande. Un jeune opérateur travaille sur la chaine de steaks hachés. Un peu de viande reste coincé dans la machine. Il décide de monter sur le bâti du broyeur pour décoller la viande. La manche est coincée dans les mâchoires du broyeur, attirant son bras dans la machine. Heureusement, ma main touche le fil de sécurité qui arrête immédiatement la machine. L’employé expliquera plus tard, qu’il n’a fait que reproduire le geste de son encadrant à qui il n’était jamais rien arrivé. Pour Olivier Gignoux, « un manager doit être intransigeant dans son rapport au risque avec son équipe mais surtout envers lui-même. Car il est aussi un exemple pour ceux qu’il encadre ».
► Aujourd’hui, quels sont les enjeux de prévention du risque ?
Par exemple, Alma a traité le cas dans une usine d’une jeune femme qui a été blessée sur une ligne de production. Etudiante, elle était là pour un job d’été. Le jour de son arrivée, le manager lui a attribué un poste et l’a formée à ce poste pendant une heure. A la fin de la journée, la jeune femme a eu la main broyée. Ici, les machines étaient conformes aux exigences de sécurités. L’organisation du travail était correcte : l’étudiante avait été formée au poste. Le problème est que ce poste dangereux n’aurait pas dû être attribué à un intérimaire inexpérimentée. Ici c’est une question de management. Et, c’est là-dessus qu’il faut intervenir. Aujourd’hui, les enjeux sont managériaux.
► Comment faire face aux nouveaux types de risques tel que le stress au travail ?
Le stress au travail est une question émergente. Nous ne pouvons pas apporter de réponses toutes faites. Mais, encore une fois, c’est sur le management qu’il faut intervenir. Dans les grandes entreprises comme à France Télécom, nous avons pu constater que les strates de managers se multipliaient, se superposaient sans visibilité. Enfin, il est aujourd’hui important de réintégrer l’humain, l’individu. Un homme n’a pas la même force de travail qu’une femme. Un sénior risque de se blesser car ses réflexes s’émoussent et que, par la force de l’habitude, il est moins alerte. Aujourd’hui, on ne peut plus s’en tenir au simple processus de production. Il faut prendre en compte l’individu dans la prévention des risques.
Morgane Remy


