Mal-être au travail la mission du Sénat donne ses propositions
Mal-être au travail la mission du Sénat donne ses propositions
Audrey Pelé
Le 07.07.2010 à 19:01
Stress, charge de travail excessive, harcèlement d’un supérieur. La mission d’information du Sénat sur le mal-être au travail a dévoilé ce jeudi son rapport. Alertés par les vagues de suicides dans plusieurs entreprises françaises, notamment chez France Télécom, les sénateurs ont souhaité comprendre les raisons qui ont pu conduire au passage à l’acte, parfois sur le lieu de travail.
Tout en rappelant que le code du travail prévoit des dispositions en matière de sécurité et de protection du travailleur, les sénateurs proposent l’inscription de la charge psychosociale du poste de travail parmi les risques que l’employeur a l’obligation d’évaluer.
Afin de favoriser le « collectif » au sein de l’entreprise, le rapport propose également de mieux former les cadres dirigeants à la gestion d’équipes. Des cours de management pourraient être proposés dans la formation de certaines écoles, par exemple pour les écoles d’ingénieurs. Afin que les managers se préoccupent réellement du « bien-être des salariés », une part de leur rémunération variable pourrait dépendre d’indicateurs sociaux et de santé au travail.
Enfin, la mission propose que la médecine du travail soit revalorisée. Pour détecter les salariés en souffrance, le rapport préconise la création de lignes d’écoute dans les entreprises permettant aux salariés qui le souhaitent de bénéficier d’un soutien psychologique.
Ecouter les recommendations du sénateur Jean-Pierre Godefroy
Des recommandations pour améliorer les conditions de travail des salariés
« Un salarié peut avoir des difficultés familiales, du stress au travail et dans les transports. Le stress s’additionne et se cumule, et le travail devient le lieu exutoire », précise Jean-Pierre Godefroy, sénateur de la Manche et président de la mission. Pour produire ce rapport , les 19 sénateurs et sénatrices, ont procédé à l’audition de représentants des salariés, du patronat, de médecins et de psychologue, pendant une durée de 6 mois. La mission a également réalisé deux déplacements sur des lieux symboliques, l’un au Technocentre Renault de Guyancourt, et l’autre dans un centre d’appel de France Telecom. Un blog, hébergé par le Sénat, a même été ouvert. « Nous avions beaucoup de demandes d’auditions, de personnes qui voulaient parler de leurs cas. La mise en place de ce blog permet d’instaurer le dialogue car les internautes peuvent y laisser un témoignage. Il permet également de faire connaître nos travaux », précise encore le sénateur de la Manche.
« L’amplification de ce phénomène s’explique par la recherche de la performance à tout prix qui met les salariés sous pression et qui s’accompagne, désormais, notamment dans le secteur des services, de l’apparition de nouvelles formes de taylorisme », explique Gérard Dériot, sénateur UMP de l’Allier et rapporteur de la mission. En effet, selon le comité d’experts sur le suivi statistique des risques psychosociaux, un salarié sur cinq se plaint de devoir gérer une charge de travail excessive, et 30% déclarent être victimes d’agressions verbales ou souffrir de conflits de valeurs, c'est-à-dire accomplir dans leur travail des choses qu’ils désapprouvent. Les sénateurs pointent également du doigt la cadence de travail dans les centres d’appels, l’individualisation des rapports de travail et la distance croissante des salariés avec leurs subordonnés, source d’incompréhension.
La santé, c’est le travail
Même si aucune proposition de loi sur le mal-être au travail n’est prévue pour l’instant, les sénateurs espèrent que la diffusion de leur rapport permettra aux entreprises de « prendre conscience de la souffrance de leurs salariés ». Ils n’excluent pas cependant de déposer des amendements en ce sens au cours de l’examen de textes concernant le code de travail, ou la loi de finance de la sécurité sociale.
Les sénateurs rappellent en outre que la recherche du bien-être au travail et de l’efficacité économique ne sont pas antinomiques. Au contraire, elles vont de pair puisque « des salariés heureux et fiers de leur travail donneront le meilleur d’eux-mêmes ». Un point de vue confirmé par un récent sondage OpinionWay dans lequel 72% des Français se déclarent heureux au travail.
URL source (Obtenu le 14/07/2010 - 08:44): http://www.publicsenat.fr/lcp/politique/mal-etre-travail-mission-senat-donne-propositions-27339


