Le manager est-il un pot de yaourt ? Par Stéphane Diebold
Le manager est-il un pot de yaourt ? Par Stéphane Diebold
Comment faire pour réussir sa carrière de manager ? Olivier Zara répond simplement dans son livre, par le Personal Branding. Ce nouveau courant postule que chaque personne est une marque. Et comme toutes les marques, elle s’intéresse aux traces qu’elle laisse chez l’autre. Comment aider les autres à me comprendre, au sens étymologique, prendre avec soi ? Cela n’est pas sans poser des questions de fonds : l’individu est-il marqué... du sceau de l’infamie, l’homme est-il une marchandise ?
Après avoir dénoncé tant de fois les réductions humaines, sommes-nous à nouveau en face d’un processus aliénant ? Nombre de personnes se refusent à entrer dans le jeu de la marque, ont-ils raison ? Une personne peut ne pas communiquer, mais ne pas communiquer c’est déjà un choix de communication. Et après tout, pourquoi pas ? Pourquoi attendre quelque chose des personnes qui nous entourent ? Peut être tout simplement parce que l’entreprise n’est pas unipersonnelle... La vraie question est de savoir pourquoi cette question apparaît aujourd’hui ?
La communication devient de plus en plus difficile, le trop plein d’informations fait qu’on ne s’entend plus, l’environnement trop complexe fait que nos anciens référents ne sont plus opératoires. Alors que faire pour se faire entendre avec des grilles de lecture qui se construisent en temps réel ? Faire l’effort de la communication : mettre en commun quelque chose qui soit compréhensible pour l’autre, ne pas le prendre pour sa poubelle de communication, en lui jetant tout, espérant qu’il fasse le tri... Comme s’il avait le temps, lui.
C’est tout le travail de la marque : être claire, cohérente et constante dans le message qu’elle délivre. Le personal branding commence à prendre du sens. Et c’est utile à tous les niveaux. Prenons l’exemple de l’employabilité. La marque permet plus d’employabilité : construire une image que l’on puisse entendre. L’employabilité, et plus précisément l’emploi-habilité, nécessite pour trouver un emploi de développer un habilité du faire savoir. Le manager devient donc bien un yaourt, mais pas n’importe quel yaourt, un yaourt pensant pour paraphraser Pascal. Et tout son talent est de penser sa marque, une marque qui lui ressemble, une marque qui porte en germe toute sa potentialité, et ses envies. Autrement dit, la marque est l’outil de son impact. Et, une fois l’impact réalisé, la validation se fera dans le temps pour savoir ce que l’on est,... satisfait ou remboursé.
Pour le manager, le personal branding a du sens mais pour l’entreprise, pourquoi investir dans la visibilité de ses managers, si ce n’est pour favoriser son employabilité et donc dans une certaine mesure son départ ?
Investir dans les managers comme dans les yaourts, permet de les doter d’une réputation claire, cohérente et constante. A titre d’exemple, le leadership ou le charisme sont des signaux qui rassurent et qui s’inscrivent dans le temps. Chaque manager peut construire la légende personnelle de sa marque, faire entendre son autorité. Les managers stars sont ceux qui ont une marque qui se fait entendre, et l’entreprise en tire profit. Le manager sort de son statut de manager uniforme, du type organisation scientifique des managers, pour devenir un manager authentique qui communique avec ses valeurs, son cœur, pour exprimer son talent. Une marque doit être vivante. Et l’entreprise qui réussie est celle qui sait se transformer en une marque ombrelle, qui assure l’harmonie et la cohérence globale de ses marques managers, pour faciliter la clarté du message sous ses propres couleurs... parce que le consommateur le vaut bien.
Le personal branding est une nouvelle façon de laisser fermenter l’entreprise, mais de là à penser qu’il s’agit d’un yaourt, c’est une autre question...
A propos de l’auteur :
Stéphane Diebold est un spécialiste de la formation et du management, avec 15 ans d’expériences dans la direction de la formation initiale (écoles supérieures de commerce) et la formation continue (Midas France, Groupe Galerie Lafayette). Il a mis son expérience au service de l’innovation pédagogique et de la performance en entreprise, en France et à l’étranger, au sein de l’Institut Avicenne dont il est le fondateur.
Collaboratif, il s’est investi dans le monde associatif avec différentes fonctions dont la vice-présidence du GARF (Groupement des Acteurs et Responsables de Formation), d’ETDF ou de la Team Factory. Il est également vice-président d’ETDF (European Training and Development Federation)


