Retraites : quel est le poids de la pénibilité psychique ?
Retraites : quel est le poids de la pénibilité psychique ?
Par Eric Albert 27/04/10 Les Echos
Le débat est lancé. D'un côté, la logique comptable qui affiche les centaines de milliards qui vont manquer, de l'autre, la logique humaine qui fait valoir la pénibilité du travail, l'absence d'emploi pour les plus âgés et surtout, se fait l'écho d'une réalité simple : les Français n'ont pas envie de travailler les quarante-cinq ou cinquante ans nécessaires à l'équilibre des comptes. Paradoxalement, alors que la pénibilité physique est beaucoup moins importante qu'autrefois, les Français semblent s'user au travail plus vite et attendre cette libération qu'est la retraite comme la « quille » tant convoitée du bidasse d'antan. Les raisons de cette usure sont nombreuses. Citons, en vrac, la mauvaise relation que beaucoup de nos compatriotes ont à l'économie de marché et à l'entreprise qui leur fait vivre le travail comme une pure contrainte ; la rupture interne au sein des entreprises nourrie par une crise de confiance entre les dirigeants et le reste de l'entreprise ; la montée du phénomène du stress. Arrêtons-nous sur ce dernier, qui explique en grande part cette pénibilité psychique. Une source d'épanouissementRécemment, l'un de mes interlocuteurs s'agaçait de tout ce bruit autour du stress, en faisant valoir que le phénomène n'était pas nouveau.Certes.Pour autant, ce serait une grave erreur de le considérer comme un simple phénomène médiatique. Le stress au travail est une perception subjective. Or l'aspiration, les attentes que l'on a vis-à -vis de son travail ont considérablement évolué ces dernières décennies.
Si le travail sert à gagner sa vie, personne n'a plus envie de perdre sa vie à la gagner. Chacun attend de son travail une certaine source d'épanouissement. Or quelles sont les caractéristiques du travail pour la plupart des collaborateurs aujourd'hui ? La première tendance est d'optimiser au maximum le travail de chacun. Cela se fait par l'intermédiaire de « process » qui décrivent ce que chacun doit faire. La majorité des collaborateurs se sentent de purs exécutants, dont la productivité et le rythme de travail doivent s'améliorer d'année en année. S'y ajoute la sollicitation émotionnelle de toute une partie des salariés en contact avec la clientèle. De plus en plus exigeante, celle-ci se montre souvent agressive face aux représentants de l'entreprise qui, la plupart du temps, n'a d'autres choix que d'absorber cette agressivité comme elle le peut.
Enfin, l'entreprise a une nécessité d'adaptation vis-à -vis de l'environnement, qui suppose de faire changer ses collaborateurs très souvent. La pénibilité psychique est en grande partie due à ce trio : travail contraint à un rythme qui s'accélère, sollicitation émotionnelle, changements répétés sans être accompagnés. Il est d'ailleurs frappant de voir l'omniprésence de la fatigue dans l'entreprise. Pour réduire cette pénibilité, il faut redonner de l'espace aux collaborateurs, les aider pour faire face aux sollicitations émotionnelles et surtout les accompagner dans le changement. S'il est clair que leur compétitivité est directement liée à la capacité d'adaptation des entreprises, elle ne sera durable que si elle prend en compte l'accompagnement des collaborateurs. Pénibilité et stress doivent être mis au coeur des enjeux.
Eric Albert, président de l'Ifas, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.


